Atelier d’écriture #12 – Une photo, quelques mots

Bonjour à tous !

En ce moment, c’est un peu le marathon pour moi. Je participe au NaNoWriMo 2015 ! 50 000 mots en un mois, tel est l’objectif à remplir. Les ateliers d’écriture me manquent cependant et j’ai décidé de participer cette semaine.

Ce qui m’attriste (et m’inquiète) un peu, c’est que j’ai écrit très facilement le texte ci-dessous alors que pour écrire le même nombre de mots pour le Nano, il me faut le double de temps voire le triple ! Peut-être que ce style me convient mieux. Il est vrai que de décrire le monde à travers les yeux d’un enfant est un exercice qui me plaît beaucoup. On doit exprimer la complexité du monde avec des mots simples mais criants de vérité !

Je ferai au mieux pour lire vos participations à cet atelier. Bonne semaine à tous !

La photographie proposée par Bricabook est de Romaric Cazaux.

© Romaric Cazaux

© Romaric Cazaux

 

Aujourd’hui, c’est mercredi. Et comme tous les mercredis, Maman m’accompagne à mon cours de danse. Quand j’ai commencé à y aller, j’avais 6 ans. J’aimais bien ça au début. C’était rigolo. Pour commencer, on s’échauffait les muscles. La professeure nous disait comment bien faire. Ensuite, on répétait les positions. Il y en a cinq en tout, c’est plutôt facile à retenir. Je ne peux pas vous les expliquer, il vaut mieux les montrer. Il faut mettre ses pieds et ses bras d’une certaine manière pour bien les exécuter. Je les ai tellement mémorisées que parfois, à l’école ou à la maison, j’ai les mêmes postures que pendant les cours de danse.

Mais maintenant, je trouve ça moins amusant. Moi, j’aime quand ça bouge, comme quand on joue au ballon dans la cour de récréation. En plus, je suis la star, je sais bien l’attraper et le lancer ! Ici, ce n’est plus pareil qu’avant. Les autres filles sont bien plus jolies que moi. Je le sais, c’est elles qui me l’ont dit. Elles m’ont aussi assuré que j’étais trop grosse pour faire de la danse classique. Elle m’appelle « la Boule ».

Je me fais toute petite en cours. Je n’ose pas dire à Maman que je n’aime pas ça. J’aimerais faire du basketball. On court, on se lance la balle, on s’encourage.

Mais, j’ai tout de même ma petite fierté. Quand vient le moment des étirements, je suis capable de toucher le sol avec mes mains en me penchant en avant, sans plier les genoux. Alors, en souriant, je tourne la tête vers toutes ses bécasses qui effleurent à peine le sol. Et je leur tire la langue bien fort ! Regardez ce que la Boule sait faire !

Ca y est, je suis arrivée. Maman me dépose et m’embrasse. Je la regarde parler avec Madame Carreau. C’est elle ma professeure. Elle est très gentille mais elle ne voit pas quand les autres m’embêtent. Elle nous apprend beaucoup de choses et à la fin de l’année, nous faisons un grand spectacle devant tout le monde ! C’est notre moment de gloire. L’année dernière, les filles m’ont fait tombée par terre dans les coulisses, juste avant d’entrer en scène. J’avais mal à la cheville droite ensuite. Je n’ai pas su danser correctement et je me suis trompée de pas devant tout le monde. J’avais honte et j’ai pleuré en quittant la scène. Je ne veux plus y aller mais je ne sais pas comment le dire à Maman.

Le cours commence. Main gauche à la barre ! Pointe en avant ! Tendez la jambe ! Levez le bras droit. On lève et on abaisse ! Avec délicatesse. Pensez à bien arrondir votre mouvement, les filles ! Madame Carreau se tourne vers le lecteur CD pour changer de musique. Marie me donne un coup de pied au derrière. Morgane, devant moi, éclate de rire. Les autres l’imitent.

Du calme les filles ! fait Madame Carreau en se retournant. Nous allons répéter la danse du spectacle.

Nous commençons la chorégraphie. J’aime virevolter en ne pensant à rien. La musique est si belle. J’aime voir mon tutu suivre mes mouvements même si je n’aime pas le rose. Elles sont toutes en rose autour de moi. Je ne veux pas leur ressembler. Marie me fait un croche-patte et je tombe. Les autres rigolent. Madame Carreau me dit de faire attention. Elle nous a donné nos places pour le ballet. Je suis dans le fond. Morgane m’a dit que c’était parce que j’étais trop moche. Personne ne me verra comme ça. Je pense à tout ça et j’en ai marre. Je me relève, les larmes aux yeux. Nous reprenons la chorégraphie. Morgane essaie de me donner en coup en tournoyant autour de moi. Je l’attrape par le bras et c’est maintenant à elle de tournoyer. Je la lâche subitement, elle s’écroule sur Marie. Audrey me crie dessus et vient vers moi : « Hé la moche ! Qu’est-ce que tu fais ? Tu vas voir ! »

Elle lève la main et l’abat sur moi. Je l’esquive et lui en retourne une de derrière les fagots. Vous ne me connaissez pas ! A l’école, je me bats souvent ! Je ne me laisse pas faire ! Je suis brûlante et toute rouge. Je m’arrête, tremblante. Madame Carreau vient vers moi en hurlant. Elle me traîne par le bras en criant que je suis une méchante fille ! Elle me pose sur le banc en bois et me dit de ne plus bouger et qu’on en parlera quand Maman arrivera. Même pas peur. Je m’en fous, d’abord, que je lui dis. Je ne veux plus venir, elles sont méchantes avec moi ! Mais Madame Carreau ne m’écoute plus, elles s’occupent de ces sales pestes.

Quand Maman est venue me chercher, elle a parlé très longtemps avec la professeure. J’ai vu Maman qui me regardait d’un air furieux. Ensuite, elle m’a traînée dans la voiture.

Elle hurle. Tu me fais honte ! J’essaie de lui expliquer mais elle ne veut pas m’écouter. La violence, c’est mal. Point. Je vais être punie. Et doublement. Elle veut que j’aille jusqu’au bout de l’année. Et je suis privée de goûter pendant un mois. J’ai envie de lui hurler dessus mais je m’étouffe dans mes larmes. Maman ne comprend pas. Je ne veux plus y aller.

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10 réflexions sur “Atelier d’écriture #12 – Une photo, quelques mots

  1. le harcèlement entre enfants c’est terrible. J’étais un peu comme cette petite ballerine à l’époque, mais heureusement, je n’ai jamais eu droit à ce genre de traitement des autres filles. il y avait une bonne ambiance. mais ce que tu décris, très bien d’ailleurs, est malheureusement trop vrai.

    • Le seul moyen que j’ai trouvé, étant enfant, pour régler le problème fut de rendre moquerie pour moquerie. Oeil pour oeil, dent pour dent. Mais quand on est enfant, difficile de faire la part des choses. Suivre le conseil des adultes « ignore-les » n’est pas toujours facile à cet âge, malheureusement 😦

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