Atelier d’écriture #10 – Une photo, quelques mots

Bonjour à tous !

Après une longue période d’absence, je remonte en selle avec une participation à l’atelier d’écriture de Leiloona !

Je tiens d’ailleurs à faire mes excuses (encore une fois). J’ai eu un passage à vide et quelques soucis. Du coup, plus d’inspiration et de motivation 😦

Cette semaine, c’est Marion Pluss qui nous inspire avec une photo très sombre et intrigante !

© Marion Pluss

© Marion Pluss

Ca y est. Là, je suis vraiment dans la merde.

Plus rien. Même sa famille ne voulait plus de lui.
Ce n’est pas étonnant, comme disaient certains de ses oncles et tantes. Ce pauvre garçon n’a jamais eu d’éducation. Livré à lui-même très tôt, vivant quasiment seul dans l’appartement de son père, comment voulez-vous qu’il connaisse les limites à ne pas dépasser, la bienséance et la morale ? Quelque part, ce n’était pas sa faute.

Partout où il allait, Pierre ne semait que le désordre. Les chambres ou les canapés que ses amis ou ses proches consentaient à lui prêter, finissaient irrémédiablement par être détruit, tachés, souillés.

Pourquoi travailler ? J’ai les alloc’.

Pourquoi se bouger comme tous ces imbéciles. L’argent facile, c’est tellement mieux.
Qu’ils me laissent crever. Je m’en fous, ils n’ont rien compris.

Dans le fond, c’était vrai. Il n’avait jamais rien appris des règles de vie en société. Marianne prenait son cousin en pitié parfois. Peut-être n’a-t-il pas un mauvais fond ?

Mais au moment de passer la porte grande ouverte en face d’elle, elle hésita. A 35 ans, tout de même. Mérite-t-il vraiment de l’aide ? Il l’a dit lui-même. « Je ne veux pas travailler, c’est pour les nazes. L’Etat me paie à ne rien faire. Je deale tranquillement. Je me fais plus de fric que toi. »

Contrairement à son cousin, elle avait eu une enfance heureuse, une « bonne » éducation. Elle tendait souvent à penser que ce genre d’attitude était bon pour les adolescents perdus et non pas pour un adulte. Il faut savoir se remettre en question pensait-elle parfois. Il faut arrêter de se servir de son enfance malheureuse comme prétexte à tous ses malheurs, merde alors !

La porte laissait passer une large bande de lumière à l’intérieur de la pièce. Elle avança lentement. Ses pieds chaussés de baskets laissaient une empreinte dans la poussière. Elle aperçut d’autres traces, ou plutôt des traînées. Son cousin ne savait pas marcher correctement. Ses pieds ne quittaient jamais le sol, comme s’il portait des palmes.

Elle passa le seuil. La pièce était sombre. La fenêtre obstruée par des tags ne laissait filtrer qu’une lumière blafarde et inquiétante. Une odeur de bois humide, de poussière et de déchets d’origines diverses agressait les narines et s’attachait aux vêtements en un temps record.

Les yeux de Marianne scrutaient la pénombre. Elle aperçut quelque chose qui ressemblait à une vieille cheminée. Sur la droite, une énorme forme sombre se dessinait. Son cousin était là, avachi sur un canapé d’au moins 100 ans d’âge, à en juger par son affaissement. J’espère que c’est lui…Il ne manquerait plus que je tombe sur un taré.

– Pierre ?

Elle ne reçut qu’une sorte de halètements en guise de réponse. Les sens de Marianne étaient en alerte. Les yeux écarquillés et l’oreille aux aguets, elle commençait à se sentir mal. Elle transpirait à grosses gouttes et son cœur battait si fort qu’elle avait l’impression qu’il voulait s’extirper de sa cage thoracique pour s’enfuir à toutes jambes.

Elle s’approcha lentement. Chaque pas lui coûtait et lui demandait un courage immense.

De nouveau, elle interpella l’inconnu.

– Pierre ?

– Ah…oui…

– C’est bien toi ?

– Ouais, ouais…

Il parlait lentement. Il semblait être pris dans une sorte de torpeur.

– Viens avec moi. Tu dormiras chez moi.

Le silence encore.

Elle entendit la respiration de Pierre s’accélérer.

– Je n’ai pas besoin de toi, connasse !, éructa-t-il. Dégage de là !

Il n’est pas dans son état normal.

Ils n’avaient pas eu la même vie mais s’étaient côtoyés toute leur jeunesse. Très proches, ils jouaient des tours à tout le monde lors des réunions de famille. Ils s’étaient confiés tous leurs secrets et leurs ses espoirs, cachés sous une tente dans le jardin de Tante Henriette, pendant que les adultes parlaient de choses ennuyeuses à mourir.
Cela lui brisait le cœur de voir son cousin si démuni, même si elle pensait qu’il l’avait cherché par bien des fois.

– Pierre, s’il-te-plaît, écoute-moi, dit-elle d’une voix douce.

Il releva les yeux vers elle. Et si la suis, elle va vouloir me faire changer de vie. Je n’en veux pas de sa foutue vie parfaite.

Il resta un long moment à l’observer. Il adorait Marianne. Mais là, il n’avait plus envie de rien, excepté une seule chose : rester dans son canapé de fortune et réfléchir.

– Pars, Marianne. Je te contacterai plus tard.

Il s’était calmé. Cependant, il avait parlé d’un ton grave et las. Elle ne savait plus quoi faire.

– Je t’attendrai. Tu sais où j’habite.

Elle tourna les talons, fit face à la lumière.

Mieux vaut lui laisser le temps de réfléchir. Il est adulte après tout. Dès qu’il passera chez moi, je le forcerai à rester et à se remettre sur pied. Même si je dois l’envoyer à l’HP pour ça !

Elle sortit au grand jour et respira l’air frais. Le cœur brisé mais confiant, elle rentra chez elle.

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