Atelier d’écriture #7 – Une photo, quelques mots

Bonjour !

Voici un nouvel essai pour l’atelier d’écriture de Leiloona. Bien que le thème du Féminisme m’attire énormément, je n’ai pas su trouver les mots. Et puis, c’est un sujet tellement vaste ! Que dire ? Quel sujet précis aborder ? Je me suis donc laissée porter par ce que la photographie de Marion Pluss m’inspirait.

©Marion Pluss

©Marion Pluss

 

 

Maria regarde par la fenêtre. Elle se perd dans le ciel auréolé de couleurs pâles et pastelles. Oui, la vie continue, la Terre continue de tourner. Elle vit au septième étage d’un immeuble avec Jean. Ils ont un petit balcon en fer forgé qui leur offre une vue imprenable sur la ville et les montagnes au loin. Elle aimait y prendre son petit-déjeuner. Ce matin, pas de croissant. Elle est juste enroulée dans le drap blanc du lit. Maria ne bouge plus.

Jean admire Maria avec tristesse depuis leur lit qu’elle vient de quitter. Tout n’est plus comme avant depuis quelques temps. Il s’en veut énormément. Il aurait pu la protéger, il aurait pu faire quelque chose. Il pose son regard sur sa beauté drapée. Jean ne bouge plus.

L’instant est suspendu alors que tout deux pensent à la même chose. Les insultes quotidiennes dans les rues ; la peur qui tenaille Maria quand elle rentre un peu tard ; l’inquiétude permanente. Et puis, un jour, le mauvais endroit, le mauvais moment. Elle ne l’a pas vu venir pourtant. Elle se sentait en sécurité. Mais Maria a juste pensé : « Ca y est, c’est mon tour ! ». Puis, le court-circuit.

Maria regarde l’horizon, et Jean regarde Maria. Qu’elle est belle, entourée de lumière. Ses formes se dessinent, son corps parfait se devine. Jean regrette ces moments complices où il pouvait aller partout, parcourir à souhait ses courbes merveilleuses, et explorer ses creux de tendres caresses.

Depuis ce jour, l’écart s’est creusé. Il aimerait rejoindre Maria de l’autre côté de cette barrière invisible. Il revoit ses yeux vides, puis les pleurs. Il revoit le poste de police et ce gros abruti qui traitait Maria comme une moins que rien. Il aimerait lui péter la gueule. A lui et au collègue de Maria. C’était elle la victime et c’était à elle de tout prouver. Jean avait hurlé. Ils voulaient qu’elle donne l’heure à la seconde près tant qu’ils y étaient ? Elle était déjà passée par les examens médicaux, les questions gênantes, et les réponses à donner entourée d’inconnus.

A quoi pensait Maria, là, sur le balcon ? Que pourrait-il faire, lui ? Il se sentait minable. Minable de n’avoir rien pu faire et minable de pouvoir rien faire maintenant. Il ne comprenait pas sa souffrance. Jean peut juste la ressentir et s’amoindrir lui aussi. Petit à petit.

Maria se tourne vers lui. A quoi pense-t-il ? Est-ce qu’il me hait ? Il dit que ce n’est pas de ma faute mais ne prononce quasiment plus un mot. Je suis sale à ses yeux ? Je ne vaux plus rien.
Elle souhaite s’envoler, étendre son drap, monter sur le rebord froid et métallique du balcon et flotter lentement vers la montagne. Elle oubliera tout ainsi. Les mains inconnues et non-désirées sur elle, les mots crus et humiliants. Sans qu’elle ne s’en rende compte, son corps est déjà penché en avant.

Jean ne voit plus l’ombre de Maria. Juste le drap qui volette délicatement dans la brise matinale, retenu à la rambarde par un quelconque petit accroc.

Publicités

20 réflexions sur “Atelier d’écriture #7 – Une photo, quelques mots

    • C’est vrai mais je me suis dit que l’incompréhension doit être telle dans ce genre de situation qu’il faut beaucoup de courage pour se confier, s’ouvrir à l’autre.
      Merci pour ce commentaire 🙂

    • Merci ! En écrivant la fin, je me suis dit que je me laissais aller à la facilité :S
      Et ensuite, je me suis dit :  » Combien de victimes ont ce genre de pensées ? Combien ne sont pas capables, sont mal accompagnées, pour survivre à ça ?  »
      Du coup, j’ai laissé le texte tel quel.

Laisser un commentaire

Choisissez une méthode de connexion pour poster votre commentaire:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s