Atelier d’écriture #3 – Une photo, quelques mots

Mille excuses pour ce retard ! Une semaine chargée + un weekend tout aussi chargé + panne d’Internet = pas de ponctualité !

Il s’agit de nouveau de l’atelier d’écriture de Leiloona, avec une très ravissante photographie de Romaric Cazaux ! J’espère y faire un tant soit peu honneur ! Je file de ce pas lire vos œuvres ! Bonne soirée à tous !

© Romaric Cazaux

© Romaric Cazaux

Joseph balayait le trottoir, inlassablement, mètre après mètre. La neige recouvrait les trottoirs d’une fiche couche, immaculée et délicate. En journée, les flocons tombaient lentement ; tels des plumes duveteuses. Si on faisait abstraction de l’environnement urbain, bruyant et mouvant, il était possible d’être touché par la beauté de ce moment.

Les frottements réguliers des poils drus de son balai rythmaient sa matinée. Froutch, froutch, froutch.

Parfois, il donnait des coups énergiques là où l’épaisseur de la neige devenait dangereuse pour les passants. Sur les routes bétonnées, les voitures qui défilaient laissaient une empreinte de roues profonde, si bien que les conducteurs matinaux pouvaient rouler un peu plus vite. Les passages réguliers des véhicules avaient fini par créer de petits monticules de neige le long des caniveaux, mélange de déchets et de neige boueuse et à moitié fondue.

Joseph releva la tête et aperçu une affiche publicitaire. Il resta figé un long moment devant, les yeux emplis d’une tristesse incommensurable.

Il détaillait une annonce pour un club de strip-tease, comme on les appelle de nos jours. Il se rappela sa rencontre avec son Emeline. Non pas qu’il allait passer ses soirées dans ce genre de lieu étant plus jeune. Ce qui était pourtant monnaie courante.

Emeline…Sa belle Emeline. Elle avait une chevelure des plus belles pour l’époque : les cheveux longs, bruns et bouclés. Ses yeux étaient aussi pétillants que ses boucles qui rebondissaient au rythme de ses déhanchements et de ses rires. Ils s’étaient rencontrés dans une rue, non loin de celle que Joseph balayait d’ailleurs. Et Joseph nettoyait le sol aussi en ce temps-là. Pour arrondir ses fins de mois. Elle s’était foulé la cheville et il avait laissé tomber son fidèle outil sur le sol pour l’aider à se relever. Et ce fut comme dans un film. Au début du moins. Ces mois fous où l’on découvre l’autre, où l’on rit de tout et où tout semble dérisoire. Ces soirées merveilleuses à se rendre au cinéma, au bal dansant le plus proche ou bien chez de riches amis qui organisaient des cocktails.

Ce fut aussi le temps de rencontres nombreuses, bienheureuses ou malheureuses. Joseph s’était souvent méfié de certains « amis » d’Emeline. Elle lui disait qu’ils n’étaient pas méchants.

« Ce sont des gars ambitieux, Joseph ! J’aime ça ! »

Elle voulait danser, encore et toujours. Elle aimait que les gens la regardent.

Et un jour, une proposition de contrat de la part de l’un d’eux arriva. Une aubaine pour elle. Un drame pour lui. On lui proposait de danser dans un nouveau casino en ville. Rien de bien méchant. Des danses joyeuses, pour égayer les visiteurs. Ils s’étaient disputés. Et puis, elle était partie… Partie danser, partie loin de lui, se rapprochant de son rêve.

Joseph était souvent passé devant ce casino par la suite. Soit par désespoir, soit parce qu’il devait balayer devant. Au tout début, il l’avait aperçue. Entourée d’hommes, éclatante et bien habillée. Le temps avait passé. En quelques mois et de loin, Joseph avait saisi sa lente transformation. De beauté éclatante, elle se muait en épave. Cernée et amaigrie. Parfois triste, parfois souriante mais les yeux vides. Il avait bien essayé de la retrouver, de la contacter. Mais elle avait déménagé. Sans rien lui dire. Et quand il l’apercevait, il avait à peine le temps de se diriger vers elle, qu’elle entrait de nouveau dans l’établissement, tirée par son patron ou happée par des clients.

Et un jour, il ne la vit plus. Son cœur se brisa. Il avait même lâché son balai et était parti errer dans les rues. Il avait terminé la journée dans un bar d’un quartier peu recommandable.

Il n’a jamais pu savoir où elle était passée, même en questionnant leurs amis communs. Elle s’était envolée. Et il avait continué à balayer. Fragile et le cœur froid.

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