Atelier d’écriture #2 – Une photo, quelques mots

Je dois vous avouer que l’inspiration n’est pas venue frapper à ma porte pour l’atelier #153 de Leiloona ! J’ajoute même que j’enfonce très certainement une porte ouverte !

Je relativise et me dis que l’important est tout de même de participer et s’entraîner à écrire 🙂

Voici donc la photo de cette semaine:

© Kot

© Kot

Et mon texte, rempli de clichés :

Combien de temps cela faisait-il déjà? Un an? Un an et demi? Je ne me souviens plus très bien du jour et de l’heure mais cela fait longtemps que mes pieds n’ont pas foulé les pavés de ce quai.
Les seules choses qui me reviennent sans cesse à l’esprit constituent un amas de sentiments puissants et d’émotions douloureuses.
Chancelante, le cœur battant à plein tambour, j’avais arpenté de long en large le port, m’effondrant contre les entrepôts et m’agrippant aux cordages qui pendaient çà et là, comme s’ils étaient le dernier lien qui me raccrochaient à toi.

Une peine intense creusait son trou dans tout mon être et me prenait à la gorge. Une seule pensée restait en moi et m’aveuglait. Non! Pitié! NON! Pas toi! Ça tournait en boucle dans ma tête. Des paroles répétées tant et tant de fois…lancinantes, mordant mon cœur, déchiquetant mon âme.

Tu étais parti, je ne pouvais le croire. Je te cherchais sur le port. Peut-être s’étaient-ils trompés? Ou bien, tu nous faisais encore une blague, de mauvais goût cette fois, mais une farce tout de même.
Tu n’es pas revenu. Je ne t’ai pas trouvé. Tu n’étais nulle part, ni caché sur un bateau, ni camouflé sous un ponton de bois. Personne ne sait où tu es. On t’a juste déclaré disparu en mer. Puis, mort. Les recherches n’avaient rien donné, excepté un espoir fou.

Depuis des mois, j’évite tout ce qui me rappelle la mer. J’exècre les mouettes, je maudis les tempêtes. Je ne sors presque plus, hormis pour aller en cours. Je me couvre le nez. Les embruns marins sont partout! Ils laissent une odeur iodée, qui me pique le nez. Même passer devant la poissonnerie me rend folle.
Je ne m’attarde plus auprès de tes amis et anciens collègues. Ils n’ont que la mer à la bouche ceux-là! C’est toute leur vie, tout comme ça l’était pour toi. Et voilà le résultat!

Aujourd’hui, j’aperçois ton bateau, rescapé de la tragédie. Nous l’avons laissé là avec Maman. Elle l’entretient et ne peut se résoudre à s’en débarrasser. Je le souhaite pourtant. Qu’on en finisse, bon sang! Elle attend encore ton retour. Elle espère toujours malgré la tristesse. Je suis lasse de la voir s’échiner dessus.

Le ciel est en colère, tout comme moi. Il gronde, il bouillonne. L’envie me prend de monter sur un canot, et d’aller détacher cette foutue ancre. Je m’en sens la force, sous ce ciel menaçant. Ton bateau dérivera, il ira te rejoindre, je ne sais où, sur ou dans les flots. Toi qui l’aimais tant. Il fait bientôt nuit. Personne ne me verra. Maman est au travail et ne l’apprendra que bien trop tard. Qu’en penses-tu, Papa? Je suis sûre que tu aimerais retrouver ton sale engin!

J’avance sur le ponton, m’accroupis pour mieux en descendre. Je relève la tête, scrutant les quais, pour apercevoir un éventuel dénonciateur. Je la tourne vers ton précieux bien et la stupeur me laisse sans voix. Les yeux écarquillés et la bouche béante, je m’affaisse sur les planches de bois humides. Je sais que ce n’est pas possible. Cependant, Papa, tu es là, je t’aperçois dans la cabine. Tu admires l’horizon, les lumières du port et le mouvement répétitif des vagues légères. Je n’entends plus rien, ne vois plus rien d’autre. C’est à peine si je respire. Mon cœur s’éparpille. Tu as l’air heureux. Maman en a bien pris soin, c’est vrai. Papa se tourne vers moi, il a les yeux rieurs et le sourire large. Je suis sûre qu’il est content de m’avoir pris sur le fait. Il lève le bras et secoue sa main. « Bonsoir ma chérie! » Sa barbe frissonne de joie. « Bonsoir Papa! »

Combien de temps cet instant a-t-il duré? Une seconde, une minute ou une heure? La colère s’est envolée, capturée par le vent qui se lève. La tristesse a sombré dans les ondulations de l’eau. Je me redresse et ne le quitte pas des yeux.
« Marie! Que fais-tu là? Je t’ai cherchée partout! »
Je détourne la tête rapidement pour voir ma mère accourir vers moi. Quand je regarde à nouveau vers lui, il a disparu. Evidemment. L’instant de grâce est terminé.
Ma mère arrive enfin à mes côtés.
« Ma chérie, que fais-tu là?
– Rien, je réfléchissais.
L’inquiétude se lit dans ses yeux.
– Viens, on rentre, me dit-elle doucement après un instant de silence. Elle me prend par l’épaule et colle son visage au mien.
– Maman, je viendrai nettoyer le bateau avec toi la prochaine fois.
– D’accord », me répondit-elle avec un sourire.

A la prochaine, Papa.

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